Acheter la nue-propriété d'un bien, c'est en devenir propriétaire immédiatement tout en laissant un tiers, l'usufruitier, l'occuper ou en percevoir les loyers pendant une durée fixée à l'avance. En contrepartie, le prix d'achat subit une décote pouvant atteindre 30 à 40 %, et le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu tant que le démembrement dure.
Pour un non-résident, ce mécanisme présente un atout rarement mis en avant : la nue-propriété échappe totalement à l'impôt sur la fortune immobilière tant que le démembrement n'a pas pris fin. Ce dispositif s'adresse avant tout à l'investisseur qui dispose déjà de revenus suffisants et cherche une stratégie financière de long terme plutôt qu'un complément de loyer immédiat.
Qu'est-ce que la nue-propriété ?
La propriété d'un bien se décompose juridiquement en trois attributs : l'usus (le droit d'occuper le bien), le fructus (le droit d'en percevoir les revenus) et l'abusus (le droit de le vendre ou de le transformer). Le démembrement de propriété consiste à séparer ces attributs entre deux personnes distinctes. La loi n'impose ce partage à aucune personne physique en particulier : n'importe quel acheteur, résident ou non, peut se porter acquéreur de la seule nue-propriété. Le caractère hybride de ce montage, à la fois investissement et outil patrimonial, explique son succès croissant auprès des expatriés en 2026.
L'usufruitier conserve l'usus et le fructus : il habite le logement ou perçoit les loyers. Le nu-propriétaire, lui, détient l'abusus : il est le propriétaire au sens du cadastre et des titres, mais ne peut ni occuper ni louer le bien tant que le démembrement court. À l'échéance prévue, en général quinze à vingt ans dans les montages proposés par les bailleurs sociaux et institutionnels, l'usufruit s'éteint et le nu-propriétaire récupère la pleine propriété, sans frais ni fiscalité supplémentaire, en application de l'article 1133 du Code général des impôts.
Ce mécanisme diffère du démembrement viager, utilisé en donation, où l'usufruit s'éteint au décès de l'usufruitier plutôt qu'à une date fixe. Un expatrié qui achète en nue-propriété dans un programme neuf choisit presque toujours un démembrement temporaire, dont la durée est connue dès la signature. De cette manière, le caractère prévisible de l'opération facilite la planification patrimoniale sur toute la durée du démembrement.

Comment fonctionne un achat en nue-propriété
Le prix payé par le nu-propriétaire n'est jamais le prix du marché en pleine propriété. Il correspond à une quote-part définie soit par un barème économique propre à chaque opérateur, soit, en matière de donation ou de succession, par le barème fiscal fixé à l'article 669 du CGI.
Cette opération financière peut être réalisée en nom propre ou via une SCI familiale, la répartition entre usufruit et nue-propriété s'appliquant alors aux parts sociales plutôt qu'au bien lui-même. L'achat s'effectue le plus souvent au comptant, un crédit classique étant plus difficile à obtenir en l'absence de loyers susceptibles de couvrir les mensualités.
Ce barème légal répartit la valeur du bien entre usufruit et nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier au jour de la mutation. Il reste inchangé depuis 2004 et continue de s'appliquer tel quel en 2026.
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Âge de l'usufruitier |
Valeur de l'usufruit |
Valeur de la nue-propriété |
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Moins de 21 ans révolus |
90 % |
10 % |
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Moins de 31 ans révolus |
80 % |
20 % |
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Moins de 41 ans révolus |
70 % |
30 % |
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Moins de 51 ans révolus |
60 % |
40 % |
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Moins de 61 ans révolus |
50 % |
50 % |
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Moins de 71 ans révolus |
40 % |
60 % |
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Moins de 81 ans révolus |
30 % |
70 % |
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Moins de 91 ans révolus |
20 % |
80 % |
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Plus de 91 ans révolus |
10 % |
90 % |
Source : article 669 du Code général des impôts (Legifrance), barème inchangé depuis la loi de finances 2004.
Dans un programme neuf destiné à l'investissement, c'est un bailleur institutionnel ou social qui porte l'usufruit pendant la durée du démembrement, en général quinze à vingt ans, moyennant une décote fixée à l'avance et généralement comprise entre 30 et 40 % du prix en pleine propriété. Pendant toute cette période, l'usufruitier assume l'entretien courant, les travaux de réparation, la taxe foncière et l'ensemble des obligations liées à la gestion locative du bien.
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Les avantages de la nue-propriété pour un expatrié
Le premier avantage tient au prix. En achetant seulement l'abusus, le nu-propriétaire paie 60 à 70 % de la valeur en pleine propriété. Ce mécanisme permet de constituer, à titre personnel, un patrimoine immobilier français à moindre coût, une manière de diversifier son capital sans recourir à un effet levier investissement aussi important qu'en location classique.
Une exonération totale d'IFI pendant le démembrement
C'est l'avantage le plus déterminant pour un non-résident au patrimoine conséquent. En cas de démembrement issu d'une vente, seul l'usufruitier déclare le bien à l'impôt sur la fortune immobilière : la nue-propriété sort intégralement de l'assiette taxable, en application de l'article 968 du CGI.
Un expatrié dont le patrimoine immobilier français dépasse 1,3 million d'euros, seuil de déclenchement de l'IFI pour les non-résidents, peut ainsi détenir un bien supplémentaire sans faire progresser sa base imposable tant que l'usufruit court. Ce point mérite d'être vérifié au cas par cas dans le cadre d'une fiscalité non-résident immobilier globale, car les règles diffèrent selon que le démembrement résulte d'une vente ou d'une donation avec réserve d'usufruit.
Ce dispositif ne doit toutefois pas être confondu avec un mécanisme de défiscalisation classique : il n'ouvre droit à aucune réduction d'impôt directe, et son intérêt tient uniquement au caractère non générateur de revenus, donc non taxable, de la nue-propriété.
Aucune gestion locative à distance
Le nu-propriétaire ne perçoit aucun loyer, mais il ne supporte non plus aucune charge de gestion, aucune vacance locative, aucun impayé et aucune obligation déclarative sur des impots non résidents au titre de revenus fonciers, puisqu'il n'en perçoit aucun pendant la durée du démembrement.
Pour un expatrié installé à des milliers de kilomètres, cette absence totale de gestion représente un gain de temps réel, à l'inverse d'un investissement locatif à distance classique où le suivi des locataires et de l'entretien reste nécessaire même délégué. Cette absence de gestion apporte aussi une forme de protection contre les impayés et la vacance locative, deux risques qui pèsent uniquement sur l'usufruitier, sans que le nu-propriétaire n'engage la moindre dépense.
Un outil de transmission efficace
Acheter ou recevoir la nue-propriété d'un bien tout en laissant l'usufruit à un parent permet de transmettre une valeur décotée aux enfants. Combiné à l'abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, ce montage autorise la transmission d'une part significative d'un patrimoine en franchise totale de droits. T
oute vente du bien avant l'extinction de l'usufruit nécessite néanmoins le consentement conjoint des deux personnes concernées, l'usufruitier et le nu-propriétaire, ce qui limite la liberté de disposer du bien seul.
Une revalorisation automatique à l'extinction de l'usufruit
À l'échéance du démembrement, le nu-propriétaire retrouve la pleine propriété sans payer le moindre droit supplémentaire. La valeur du bien à cette date intègre à la fois la revalorisation immobilière et la disparition mécanique de la décote initiale, ce qui explique la performance globale souvent annoncée par les opérateurs, généralement comprise entre 3 et 5 % net par an sur la durée totale de l'opération.
Les inconvénients et les objections courantes
Le nu-propriétaire ne perçoit ni loyer ni avantage en nature tant que l'usufruit court. Pour un investisseur qui recherche un complément de revenu immédiat, ce montage ne convient pas. Il s'adresse en priorité à un expatrié qui dispose déjà d'un revenu stable à l'étranger et qui cherche à faire fructifier un capital sans générer de fiscalité supplémentaire sur des taux imposition revenus fonciers non résidents déjà élevés.
Un capital immobilisé sur quinze à vingt ans
La durée du démembrement de propriété, fixée dès l'achat, engage le nu-propriétaire sur le long terme. Une revente avant l'échéance reste possible, mais elle s'effectue alors sur un marché secondaire plus étroit, où l'acquéreur applique lui-même une nouvelle décote fondée sur la durée restante.
Cette contrainte de liquidité doit être anticipée avant tout engagement, en particulier si l'expatrié envisage un projet de retour en france logement avant l'échéance du démembrement. Le remboursement anticipé d'un crédit immobilier non-résident éventuellement souscrit pour cet achat, ainsi que la revente elle-même, requièrent souvent le consentement de l'usufruitier institutionnel, ce qui restreint encore la marge de manœuvre de l'investisseur.
Une impossibilité d'occuper ou de louer le bien soi-même
Tant que l'usufruit court, le nu-propriétaire ne peut ni habiter le logement ni le mettre en location de son côté, même s'il rentre s'installer en France avant l'échéance prévue. Ce montage ne se substitue donc pas à un achat de résidence, et convient d'abord à un objectif patrimonial dissocié du logement.
Un choix d'emplacement et d'opérateur déterminant
La performance de l'opération dépend directement de la qualité du programme et de la solidité de l'usufruitier institutionnel. Un mauvais emplacement ou un opérateur fragile pèse sur la revalorisation attendue à la sortie, ce qui justifie de passer par un accompagnement investissement capable de sélectionner des programmes déjà audités plutôt que de comparer seul des brochures commerciales. Un opérateur solide, qui respecte scrupuleusement ses obligations contractuelles, apporte une réelle protection financière à l'investisseur sur toute la durée du démembrement.
Une donation en nue-propriété qui prive le donateur de revenus
Dans le cadre d'une donation avec réserve d'usufruit, l'inconvénient se déplace côté donateur : celui qui conserve l'usufruit continue de percevoir les loyers, mais ses enfants, devenus nus-propriétaires, ne peuvent ni disposer du bien ni en tirer profit avant l'extinction de l'usufruit, en général au décès du donateur.
Cette contrainte doit être expliquée de manière claire à la famille avant toute donation, en particulier lorsque le bien constitue un projet personnel de résidence pour l'un des enfants, car elle engage les nus-propriétaires sur une durée non maîtrisée.
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Nue-propriété et succession : quelles conséquences ?
En matière de succession, la nue-propriété produit un effet particulièrement recherché par les familles expatriées. Lorsque des parents ont donné la nue-propriété d'un bien à leurs enfants tout en gardant l'usufruit, le décès du dernier usufruitier éteint automatiquement le démembrement. Les enfants, déjà nus-propriétaires, deviennent pleins propriétaires sans droits de succession supplémentaires à payer sur la part qui leur revenait déjà, en application de l'article 1133 du CGI.
Les seuls frais restants à ce stade sont les frais de mutation liés à la constatation du changement de titre, nettement inférieurs à des droits de succession calculés sur la valeur intégrale du bien. C'est ce qui rend la donation de nue-propriété plus avantageuse, sur le plan fiscal, qu'une transmission différée au décès sans démembrement préalable.
La réserve d'usufruit apporte en outre une protection appréciable au conjoint survivant, qui continue de percevoir les loyers sa vie durant. La politique de transmission choisie par les parents détermine ainsi largement le montant final reçu par les enfants, la loi ne fixant que le cadre du barème applicable.
Ce mécanisme s'articule utilement avec une réflexion plus large sur la plus value immobilière non résident exonération applicable lors d'une éventuelle revente ultérieure par les héritiers, la valeur d'acquisition retenue pour le calcul de la plus-value étant alors celle constatée à la date d'extinction de l'usufruit.

Nue-propriété ou pleine propriété : le comparatif
Un investisseur expatrié hésite souvent entre acheter en pleine propriété un bien locatif classique ou opter pour la nue-propriété. Elle ne doit pas être confondue avec les dispositifs de défiscalisation locative, comme le statut LMNP, qui reposent au contraire sur la perception de revenus imposables.
Une acquisition via une SCI familiale permet par ailleurs de répartir la nue-propriété entre plusieurs enfants tout en conservant une gestion unifiée du bien. Le tableau suivant résume les différences essentielles pour un non-résident.
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Critère |
Nue-propriété |
Pleine propriété locative |
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Prix d'achat |
Décoté de 30 à 40 % |
Prix de marché |
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Revenus locatifs |
Aucun pendant le démembrement |
Loyers perçus immédiatement |
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Gestion |
Aucune, assurée par l'usufruitier |
À organiser, même à distance |
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IFI (patrimoine > 1,3 M€) |
Exclue de l'assiette |
Incluse dans l'assiette |
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Fiscalité sur les revenus |
Nulle, faute de revenus |
Imposée selon le régime choisi |
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Liquidité |
Réduite avant l'échéance |
Revente possible à tout moment |
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Horizon |
15 à 20 ans en général |
Libre |
Un investissement locatif clé en main en pleine propriété convient à un expatrié qui recherche un revenu régulier ou un effet de levier bancaire fort. La nue-propriété convient davantage à celui qui dispose déjà de revenus suffisants et cherche à se constituer un capital décoté, sans fiscalité ni gestion pendant la durée du montage.
Un exemple chiffré sur la nue-propriété expatrié
Claire, expatriée à Dubaï depuis huit ans, dispose d'un patrimoine immobilier français proche de 1,4 million d'euros et se trouve déjà redevable de l'IFI. Elle achète la nue-propriété d'un appartement neuf à Lyon estimé 300 000 euros en pleine propriété, avec une décote de 35 % sur un démembrement de dix-huit ans confié à un bailleur social.
Elle règle 195 000 euros et ne perçoit aucun loyer pendant les dix-huit années du démembrement, sans avoir à engager la moindre dépense d'entretien ni à financer de travaux, ce projet restant entièrement dissocié de son usage personnel du bien. Ce bien n'entre pas dans le calcul de son IFI, puisque seul l'usufruitier, le bailleur social, en déclare la valeur.
À l'échéance, si le bien se revalorise de 2 % par an en moyenne, sa valeur en pleine propriété avoisine 425 000 euros, entièrement recouvrée par Claire sans fiscalité de sortie. Sur dix-huit ans, l'opération lui aura permis de faire croître son capital d'environ 4,4 % net par an, sans jamais avoir à gérer un locataire ni à déclarer un euro de revenu foncier français.
Ce qu'il faut retenir
La nue-propriété combine une décote réelle à l'achat, une exonération d'IFI pendant toute la durée du démembrement et une absence totale de gestion, trois atouts qui pèsent particulièrement pour un non-résident déjà éloigné de la gestion quotidienne d'un bien français. En contrepartie, elle immobilise le capital sur quinze à vingt ans sans générer le moindre revenu pendant cette période, ce qui exclut ce montage pour qui recherche un complément de revenu immédiat.
Le choix de ce dispositif, comme celui entre nue-propriété et investissement immobilier pour expatriés en pleine propriété, dépend avant tout de la politique patrimoniale et financière retenue par l'investisseur, ainsi que de l'horizon de placement envisagé.
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