Les droits et devoirs du propriétaire regroupent l'ensemble des obligations légales et des prérogatives accordées au bailleur. En 2026, un propriétaire doit fournir un logement décent, réaliser certains travaux et respecter les droits du locataire, tout en conservant le droit de percevoir les loyers, récupérer son bien ou engager une procédure en cas d'impayés.
Selon les chiffres de l'ANIL, plus de 60 % des litiges locatifs trouvent leur origine dans une méconnaissance réciproque des droits et obligations de chaque partie. Pour un investisseur qui gère son bien depuis l'étranger, cette méconnaissance peut se révéler particulièrement coûteuse.
Quels sont les devoirs du propriétaire envers son locataire ?
Avant de réclamer quoi que ce soit à un locataire, le propriétaire doit lui-même remplir ses obligations légales, sous peine de voir sa responsabilité engagée devant les juridictions civiles.
Fournir un logement décent conforme à la loi
La loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de remettre un logement décent à son locataire dès la signature du bail. Cette obligation n'est pas une simple formalité : un logement indécent peut donner lieu à une réduction de loyer, voire à une résiliation du bail aux torts du propriétaire.
En pratique, les critères de décence portent sur plusieurs dimensions. Un logement décent doit réunir les caractéristiques suivantes :
- une surface minimale de 9 m² avec une hauteur sous plafond d'au moins 2,20 m ;
- des installations électriques conformes aux normes en vigueur ;
- un système de chauffage fonctionnel et adapté à la superficie du bien ;
- une ventilation suffisante pour éviter l'humidité et les moisissures ;
- l'absence de risques manifestes pour la sécurité et la santé du locataire.
Ces critères sont vérifiables et opposables devant le tribunal judiciaire, ce que les propriétaires qui négligent l'entretien de leur bien découvrent souvent à leurs dépens.
Assurer la jouissance paisible du logement
Au-delà de l'état physique du bien, le propriétaire est tenu de garantir à son locataire une jouissance paisible des lieux loués pendant toute la durée du bail. Concrètement, cette obligation signifie que le bailleur ne peut pas troubler la tranquillité du locataire, lui imposer des visites intempestives ou interférer dans sa vie quotidienne sans motif légal. Le respect de cette règle est particulièrement important pour les propriétaires qui, vivant à distance, pourraient être tentés de mandater des intermédiaires sans encadrement précis de leurs interventions.
Réaliser les réparations à sa charge
La distinction entre les réparations incombant au propriétaire et celles relevant du locataire est encadrée par le décret du 26 août 1987, mais elle reste source de nombreux litiges. Le tableau ci-dessous présente les principales répartitions :
| Travaux à la charge du propriétaire | Travaux à la charge du locataire |
|---|---|
| Remplacement de la chaudière vétuste | Entretien annuel de la chaudière |
| Réfection de la toiture | Nettoyage des gouttières |
| Mise aux normes de l'installation électrique | Remplacement des ampoules et fusibles |
| Remplacement des fenêtres défectueuses | Remplacement des joints de fenêtres |
| Traitement de l'humidité structurelle | Entretien courant du logement |
Un expatrié vivant à Singapour et propriétaire d'un T2 à Lyon peut, par exemple, être tenu d'intervenir sous quelques jours en cas de panne de chauffage hivernale, même depuis l'étranger. Anticiper ces situations grâce à un réseau d'artisans de confiance est donc indispensable.
Quels sont les droits du propriétaire bailleur ?
Si les obligations du bailleur sont nombreuses, ses droits le sont tout autant, et la loi lui offre des protections réelles face aux locataires défaillants ou indélicats.
Percevoir les loyers et les charges
Le droit le plus fondamental du propriétaire est de percevoir le loyer à la date convenue dans le bail. Ce loyer peut être complété par des charges récupérables, c'est-à-dire les dépenses que le propriétaire engage pour le compte du locataire, comme les frais d'entretien des parties communes ou les charges de copropriété. Ces charges font l'objet d'une régularisation annuelle sur la base des dépenses réelles, avec communication des justificatifs au locataire sur simple demande.
Exiger le respect du bail
Au-delà du paiement du loyer, le propriétaire est en droit d'exiger que son locataire respecte l'ensemble des clauses du contrat de location. Ces obligations contractuelles couvrent plusieurs domaines essentiels :
- la souscription et le maintien d'une assurance habitation avec remise annuelle d'une attestation ;
- l'entretien courant du logement et la réalisation des petites réparations locatives ;
- le respect du voisinage et l'absence de troubles causés aux autres occupants de l'immeuble ;
- l'interdiction de sous-louer ou de céder le bail sans accord écrit du propriétaire.
Le non-respect de ces obligations peut constituer un motif de résiliation judiciaire du bail, à condition de respecter la procédure légale.
Vendre ou reprendre son logement
Un propriétaire bailleur conserve le droit de vendre son bien ou de le reprendre pour y habiter personnellement ou pour y loger un proche, sous réserve du respect strict des délais légaux. Le congé pour vente doit être notifié au moins six mois avant l'échéance du bail, et le congé pour reprise au moins six mois à l'avance également. Un propriétaire bailleur conserve en résumé le droit de percevoir le loyer, récupérer certaines charges, vendre son bien ou le reprendre pour y habiter, sous réserve du respect des délais et procédures prévus par la loi.

Travaux, réparations et entretien : qui paie quoi ?
La répartition des charges de travaux est l'une des sources de conflit les plus fréquentes entre bailleurs et locataires, et elle mérite une attention particulière de la part des propriétaires qui gèrent leur bien à distance.
Les réparations à la charge du propriétaire
Le propriétaire prend en charge toutes les réparations qui touchent à la structure, au gros œuvre et aux équipements essentiels du logement.
Parmi les interventions les plus courantes figurent :
- le remplacement d'un chauffe-eau défectueux en raison de sa vétusté,
- la réparation d'une fuite liée à une canalisation encastrée,
- le traitement d'infiltrations provenant de la toiture,
- la remise aux normes d'une installation électrique obsolète.
Ces interventions relèvent de la responsabilité du bailleur quelle que soit la cause de la défaillance, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une dégradation imputable au locataire.
Les réparations locatives
Le locataire, de son côté, est responsable de l'entretien courant du logement et des réparations dites locatives, listées par le décret du 26 août 1987. Il s'agit des menus travaux d'entretien quotidien : purge des radiateurs, remplacement des joints de robinetterie, entretien des volets, nettoyage des grilles de ventilation ou encore graissage des serrures. Ces petites interventions sont à la charge du locataire même lorsque le bailleur n'en a pas explicitement fait mention dans le bail.
Les litiges les plus fréquents
Malgré l'existence de textes précis, certaines situations restent propices aux désaccords entre propriétaires et locataires. Les conflits les plus récurrents portent sur les éléments suivants :
- le chauffe-eau : vétusté (propriétaire) versus mauvais entretien (locataire) ;
- les volets mécaniques : panne électrique (propriétaire) versus ressort cassé par usage abusif (locataire) ;
- les problèmes d'humidité : infiltrations structurelles (propriétaire) versus manque de ventilation du locataire ;
- les fuites d'eau : la responsabilité dépend de l'origine précise de la fuite.
En cas de désaccord persistant, la commission départementale de conciliation constitue une première étape avant toute action judiciaire.
Le propriétaire peut-il entrer dans un logement loué ?
Cette question revient très fréquemment, et la réponse de la loi est sans ambiguïté : le logement loué est le domicile du locataire, et le propriétaire ne peut y accéder librement.
Ce que la loi autorise
La loi prévoit des situations précises dans lesquelles le propriétaire peut visiter le logement, sous réserve d'obtenir l'accord du locataire sur les modalités. Ces cas légitimes sont au nombre de trois principalement :
- les visites préalables à des travaux, avec notification préalable ;
- les visites dans le cadre d'une mise en vente du bien, dans la limite de deux heures par jour sauf accord contraire ;
- les visites pour relocation, selon les mêmes conditions que pour la vente.
Dans tous les cas, le propriétaire doit s'entendre avec le locataire sur les horaires, et ces visites ne peuvent avoir lieu que les jours ouvrables.
Ce qui est formellement interdit
Entrer dans le logement sans l'accord du locataire, même pour une urgence que le propriétaire juge évidente, constitue une violation de domicile au sens pénal du terme. Il est aussi interdit d'utiliser un double des clés sans autorisation, d'entrer en l'absence du locataire sous prétexte de réaliser des travaux non urgents, ou de surveiller les allées et venues du locataire. Ces interdictions s'imposent à tous les bailleurs, y compris à ceux qui font gérer leur bien par une agence : le mandat de gestion ne confère pas de droits supplémentaires en matière d'accès au logement.
Loyers impayés : quels recours pour le propriétaire ?
Un appartement loué 850 €/mois peut générer plus de 10 000 € d'impayés en un an si le propriétaire tarde à agir. La rapidité de réaction est donc décisive.
Les premières démarches
Dès le premier mois d'impayé, il est conseillé d'envoyer une relance amiable par courrier simple, puis une mise en demeure par lettre recommandée si la situation n'est pas régularisée sous huit jours. Cette démarche est indispensable pour déclencher les garanties souscrites (GLI ou caution), et elle conditionne souvent la recevabilité de la procédure judiciaire ultérieure.
Garantie Visale, caution et GLI
Trois dispositifs permettent de se protéger contre les impayés, avec des niveaux de couverture variables. La Garantie Visale est gratuite mais réservée à certains profils de locataires (jeunes de moins de 30 ans, salariés précaires). La caution solidaire engage un tiers sur la durée du bail, mais son efficacité dépend de la solvabilité réelle du garant. La Garantie des Loyers Impayés (GLI) est une assurance payante (entre 2 et 4 % du loyer annuel) qui offre la couverture la plus large, incluant les frais de procédure et les dégradations.
Procédure judiciaire et expulsion
Si les démarches amiables échouent, le propriétaire doit saisir le tribunal judiciaire pour obtenir un commandement de payer, puis, si nécessaire, une ordonnance d'expulsion. Cette procédure prend en moyenne entre six mois et un an en France, raison pour laquelle il est indispensable de réagir rapidement et de ne pas laisser les impayés s'accumuler.
Nouvelles obligations du propriétaire en 2026 : DPE et rénovation énergétique
En 2026, les obligations énergétiques constituent l'une des évolutions réglementaires les plus structurantes pour les propriétaires bailleurs, avec des conséquences directes sur la rentabilité locative.
Les logements interdits à la location
Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE) sont interdits à la location pour les nouveaux baux. Cette interdiction s'étend aux logements classés F à partir du 1er janvier 2028, puis aux logements E à partir de 2034. Les propriétaires qui n'anticipent pas ces échéances se retrouvent dans une situation de vide locatif forcé, avec un bien qu'ils ne peuvent plus louer mais qu'ils continuent de financer.
Les travaux de rénovation à anticiper
Pour mettre un logement en conformité avec les nouvelles normes, les travaux les plus efficaces portent sur trois postes principaux :
- l'isolation thermique (combles, murs, planchers bas), qui représente le levier le plus rentable en termes de gain de classes DPE ;
- le remplacement du système de chauffage, notamment le passage d'une chaudière fioul à une pompe à chaleur ;
- l'amélioration de la ventilation, essentielle pour éviter les problèmes d'humidité post-rénovation.
Ces travaux sont partiellement pris en charge par MaPrimeRénov', dont les conditions ont été actualisées en 2026.
Impact sur la rentabilité locative
Un bien acheté 180 000 € avec un DPE classé F peut nécessiter 20 000 à 30 000 € de travaux pour atteindre la classe D. En contrepartie, ce même bien voit sa valeur augmenter de 5 à 15 % selon les marchés locaux, et devient relocable immédiatement. Pour un propriétaire expatrié, piloter ces travaux depuis l'étranger impose de s'appuyer sur un maître d'œuvre ou un gestionnaire local de confiance, capable de superviser les chantiers et de rendre compte régulièrement de l'avancement.

Les 7 erreurs qui coûtent le plus cher aux propriétaires bailleurs
La majorité des litiges locatifs auraient pu être évités avec un minimum d'anticipation. Voici les erreurs les plus fréquemment observées, notamment chez les investisseurs non-résidents.
Les sept erreurs les plus courantes sont les suivantes :
- Ignorer les obligations de décence : louer un logement indécent expose à des poursuites et à une réduction de loyer rétroactive.
- Reporter des travaux indispensables : une fuite non traitée peut engager la responsabilité civile du propriétaire en cas de dégâts chez le voisin.
- Entrer dans le logement sans accord : même pour une urgence, l'entrée sans autorisation constitue une violation de domicile.
- Mal gérer les impayés : attendre plusieurs mois avant d'agir transforme un incident en sinistre financier.
- Oublier les nouvelles normes énergétiques : un logement classé G est interdit à la location depuis le 1er janvier 2025.
- Choisir un mauvais gestionnaire : déléguer à une agence sans suivi régulier peut masquer des problèmes pendant des mois.
- Négliger la fiscalité locative : un régime fiscal inadapté peut amputer significativement la rentabilité nette de l'investissement.
Pour les investisseurs non-résidents, les trois erreurs les plus fréquemment observées sont l'absence de réaction rapide face aux impayés (la distance crée un sentiment de déni), la sous-estimation des obligations énergétiques sur un bien ancien, et le recours à un gestionnaire local peu rigoureux faute de réseau sur place.
Investisseur expatrié : comment sécuriser la gestion de son bien à distance ?
Cette problématique est quasi absente des articles concurrents, alors qu'elle concerne directement les lecteurs de myexpat.fr.
Les obligations restent identiques pour un non-résident
Il est important de rappeler que le statut de non-résident fiscal français n'exonère en aucun cas des obligations légales du bailleur. Un expatrié reste soumis à l'intégralité du droit locatif français, qu'il réside à Dubai, Tokyo ou New York. En matière fiscale, les revenus locatifs de source française sont soumis à une retenue à la source de 20 % minimum pour les non-résidents hors Union européenne, et les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent également, conformément aux dispositions en vigueur depuis 2021.
Pourquoi déléguer certaines missions ?
Gérer un bien locatif à distance sans déléguer certaines tâches est théoriquement possible, mais pratiquement risqué. Les missions qui bénéficient le plus d'une délégation à un professionnel local sont les suivantes :
- la gestion locative courante (encaissement des loyers, relances, régularisation des charges) ;
- la supervision des travaux (devis, suivi de chantier, réception) ;
- les relances et procédures en cas d'impayés, qui nécessitent une réactivité immédiate.
Confier ces missions à un gestionnaire compétent permet de sécuriser l'investissement sans multiplier les allers-retours en France.
Les outils pour suivre son investissement depuis l'étranger
La technologie facilite aujourd'hui le suivi d'un bien locatif depuis l'étranger, à condition de s'appuyer sur des outils adaptés. Parmi les solutions les plus utilisées : la signature électronique pour les baux et les mandats, les espaces propriétaires en ligne permettant de consulter les comptes rendus de gestion en temps réel, et les reportings mensuels fournis par les gestionnaires sérieux. Un expatrié basé à Dubaï peut ainsi gérer intégralement la location d'un T3 à Nantes sans jamais avoir à rentrer en France pour des formalités administratives courantes.
Droits et devoirs du propriétaire : protéger son patrimoine avant tout
En 2026, être propriétaire bailleur implique bien plus que percevoir un loyer. Les obligations du bailleur se sont considérablement renforcées ces dernières années, notamment sous l'effet des nouvelles contraintes énergétiques qui rendent certains logements non conformes dès aujourd'hui.
Les propriétaires qui anticipent ces évolutions, en mettant leur bien aux normes, en sécurisant leurs loyers et en déléguant intelligemment la gestion, transforment ces contraintes en avantages compétitifs sur un marché locatif qui valorise de plus en plus les logements de qualité.
Une bonne gestion locative, qu'elle soit assurée en direct ou confiée à un professionnel, permet d'éviter la grande majorité des litiges et de préserver la rentabilité de l'investissement sur le long terme.
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