Pour un non-résident, le choix entre SCI à l'IR et SCI à l'IS ne change presque rien à l'imposition des loyers en France : la quasi-totalité des conventions fiscales donnent le droit d'imposer les revenus immobiliers à l'État où se situe le bien, quel que soit le régime choisi. La vraie différence se joue sur trois points : la retenue à la source appliquée aux dividendes d'une SCI à l'IS, le crédit d'impôt accordé dans le pays de résidence, et le régime de la plus-value en cas de revente. Le bon choix dépend donc moins de la fiscalité française prise isolément que de la manière dont la convention signée avec votre pays de résidence traite ces trois éléments.
Comparatif rapide : SCI à l'IR ou à l'IS pour un associé non-résident
Le choix entre la SCI à l'IR et la SCI à l'IS peut avoir des conséquences importantes sur votre fiscalité, vos revenus locatifs et votre stratégie patrimoniale. Voici les principaux points de comparaison.
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Critère |
SCI à l'IR |
SCI à l'IS |
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Imposition des loyers |
Quote-part imposée au nom de l'associé (form. 2044 + 2042), taux mini 20 %/30 % |
Bénéfice imposé au niveau de la société : 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà |
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Prélèvements sociaux |
7,5 % (UE/EEE/Suisse) ou 17,2 % (autres pays) sur le revenu |
Aucun sur le résultat social ; aucun sur les dividendes distribués |
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Fiscalité à la distribution |
Sans objet — le revenu est déjà imposé au nom de l'associé |
Retenue à la source : 12,8 % (particulier) ou 25 % (personne morale), réduite selon convention |
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Amortissement du bien |
Non autorisé |
Autorisé — réduit le résultat imposable chaque année |
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Cession des parts |
Plus-value immobilière des particuliers (art. 150 U) : abattements pour durée de détention |
Plus-value sur valeurs mobilières (art. 244 bis A) : taux forfaitaire 19 %, sans abattement |
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Déclarations |
Formulaire 2044 + 2042, via le SIPNR |
Liasse fiscale IS + formulaire 2777 pour la retenue à la source |
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Location meublée |
Interdite, bascule automatique à l'IS au 1er euro de recettes significatives |
Régime obligatoire pour toute activité de location meublée |
Sources : impots.gouv.fr, service-public.gouv.fr, taux en vigueur au 1er janvier 2026.
Pourquoi la convention fiscale neutralise (en grande partie) le choix IR/IS sur les loyers
La plupart des non-résidents abordent la question « SCI IR ou IS » en pensant d'abord optimisation fiscale française. C'est oublier l'étape qui prime sur tout le reste : la convention fiscale bilatérale signée entre la France et le pays de résidence de l'associé. La France a signé plus de 120 conventions destinées à éviter la double imposition.
Presque toutes reprennent l'article 6 du modèle de convention de l'OCDE consacré aux « revenus immobiliers » : les revenus tirés d'un bien immobilier sont imposables dans l'État où ce bien est situé, indépendamment de la résidence du bénéficiaire et indépendamment du régime fiscal choisi par la structure qui le détient.
Concrètement, que votre SCI soit à l'IR ou à l'IS, la France conserve dans la quasi-totalité des cas le droit d'imposer les loyers d'un bien situé sur son territoire. Le choix du régime ne permet donc pas d'échapper à l'impôt français sur les loyers : il change seulement la mécanique, qui paie, quand, et sous quelle forme.
C'est dans l'État de résidence que la différence se joue vraiment : selon que le revenu est qualifié de « revenu immobilier » (SCI IR, transparente) ou de « dividende » (SCI IS, opaque), l'article de la convention appliqué. Et donc le mécanisme d'élimination de la double imposition n'est pas le même.

SCI à l'IR pour un non-résident : mécanisme et fiscalité
En SCI à l'IR (régime par défaut de toute SCI), la société elle-même ne paie pas d'impôt : elle est fiscalement transparente. Chaque associé est imposé personnellement sur sa quote-part des revenus fonciers, qu'il ait ou non perçu les loyers en numéraire. Pour un non-résident, cette quote-part se déclare chaque année via le formulaire n°2044, reporté sur la déclaration 2042, auprès du Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents (SIPNR).
L'imposition suit le barème progressif, avec un taux minimum de 20 % jusqu'à un certain seuil de revenu net imposable et de 30 % au-delà, sauf option pour le taux moyen si celui-ci est plus favorable compte tenu de l'ensemble des revenus mondiaux du foyer. S'ajoutent des prélèvements sociaux : 7,5 % pour un résident de l'Union européenne, de l'EEE ou de Suisse, 17,2 % pour les autres. Les charges (intérêts d'emprunt, travaux, taxe foncière, frais de gestion) restent déductibles selon les règles classiques des revenus fonciers, sans possibilité d'amortir le bien.
Côté convention fiscale, ce revenu conserve sa nature de « revenu immobilier » de bout en bout : c'est en général le mécanisme le plus lisible pour obtenir, dans le pays de résidence, soit une exonération avec prise en compte du taux effectif, soit un crédit d'impôt égal à l'impôt français payé.
SCI à l'IS pour un non-résident : ce qui change avec la réforme de 2026
À l'IS, la logique change de nature. La SCI non -résident devient un contribuable à part entière : elle paie l'impôt sur les sociétés sur son résultat, au taux de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 % au-delà, après déduction de l'amortissement du bien. Un avantage réel qui réduit mécaniquement la base imposable année après année.
Tant que le résultat reste dans la société, l'associé non-résident n'a rien à payer en France sur sa quote-part : c'est un premier avantage pour qui souhaite réinvestir les loyers (travaux, remboursement anticipé, nouvel achat) sans frottement fiscal immédiat.
La fiscalité personnelle n'intervient qu'au moment de la distribution des dividendes, sous forme d'une retenue à la source : 12,8 % pour un particulier, 25 % pour une personne morale en droit interne français, taux le plus souvent réduit par la convention fiscale (généralement entre 0 % et 15 % selon les pays). Aucun prélèvement social ne s'applique en revanche sur ces dividendes. La SCI doit déclarer et reverser cette retenue via le formulaire n°2777.
Un changement important est entré en vigueur au 1er janvier 2026 : la retenue à la source est désormais prélevée par défaut au taux de droit commun, même lorsque la convention fiscale prévoit un taux réduit ; le bénéficiaire doit ensuite demander le remboursement du trop-perçu auprès de l'administration française, justificatifs de résidence fiscale à l'appui. Pour un non-résident, cela signifie une avance de trésorerie à anticiper et un dossier de restitution à préparer, alors qu'auparavant le taux conventionnel pouvait s'appliquer plus directement sur présentation des documents.
La convention ne protège pas toujours d'une double imposition économique
C'est ici que la comparaison IR/IS prend tout son sens pour un non-résident. Une SCI à l'IR est transparente au regard de la convention : le revenu immobilier est taxé une seule fois, au nom de l'associé, et la convention organise simplement le partage du droit d'imposer entre la France et le pays de résidence.
Une SCI à l'IS est en revanche opaque : elle est un contribuable distinct de ses associés. L'impôt sur les sociétés payé par la SCI en France n'est, dans la grande majorité des conventions, pas créditable dans le pays de résidence de l'associé. Seule la retenue à la source prélevée sur le dividende ouvre droit à un crédit d'impôt local. Le résultat peut être une charge fiscale cumulée (IS français, puis impôt local sur le dividende net de la seule retenue à la source) supérieure à ce qu'aurait donné une SCI à l'IR, notamment lorsque le taux d'imposition personnel dans le pays de résidence est élevé.
Autre point de vigilance propre à certains pays : la qualification fiscale d'une SCI ne dépend pas toujours du choix fait en France. Certaines administrations étrangères appliquent leurs propres critères pour déterminer si une SCI est « transparente » ou « opaque » à leurs yeux, indépendamment de l'option IR/IS exercée côté français, avec un risque de traitement asymétrique entre les deux pays. Cette question mérite systématiquement une vérification auprès d'un conseil fiscal établi dans le pays de résidence, en complément de l'analyse française.

Cession des parts : deux régimes de plus-value très différents face à la convention
À la revente, l'écart entre les deux régimes s'accentue. Les parts d'une SCI à l'IR relèvent du régime des plus-values immobilières des particuliers (article 150 U du CGI) : la plus-value bénéficie d'abattements pour durée de détention, avec une exonération totale d'impôt sur le revenu après 22 ans de détention et des prélèvements sociaux après 30 ans.
Les parts d'une SCI à l'IS, elles, relèvent du régime des plus-values sur valeurs mobilières prévu à l'article 244 bis A du CGI dès lors que la société est à prépondérance immobilière (plus de 50 % de son actif en immeubles situés en France). La plus-value nette est taxée à un taux forfaitaire de 19 %, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux (7,5 % ou 17,2 % selon le pays de résidence), sans aucun abattement pour durée de détention.
Sur ce point, les conventions fiscales convergent largement : la quasi-totalité prévoit, sur le modèle de l'article 13-4 de la convention OCDE, que les gains tirés de la cession de parts d'une société à prépondérance immobilière restent imposables dans l'État où se situe l'immeuble, IR comme IS.
Le non-résident ne peut donc pas, par le choix du régime, déplacer l'imposition de la plus-value hors de France ; il peut en revanche, selon son horizon de détention, arbitrer entre les abattements progressifs de l'IR et le taux fixe de l'IS. Une désignation de représentant fiscal reste par ailleurs obligatoire dans plusieurs configurations de cession pour un vendeur non-résident situé hors Union européenne.
Le cas particulier de la location meublée
Un dernier point mérite d'être signalé : une SCI qui loue son bien meublé, même occasionnellement, bascule automatiquement et rétroactivement à l'impôt sur les sociétés dès que les recettes de location meublée deviennent significatives, quelle que soit l'intention initiale des associés. Ce basculement rejoint les règles de retenue à la source décrites plus haut.
Comment choisir : trois profils de non-résidents
Dans les trois cas suivants, la décision finale doit croiser deux analyses : la fiscalité française du régime IR/IS, et la façon dont votre convention fiscale et votre administration locale traitent ce type de structure :
- Résident de l'UE/EEE avec une convention moderne : la SCI à l'IR reste souvent le choix le plus simple. Le revenu immobilier est taxé une seule fois, le crédit d'impôt dans le pays de résidence est lisible, et les prélèvements sociaux réduits (7,5 %) limitent le surcoût.
- Investisseur qui veut réinvestir les loyers sans les distribuer : la SCI à l'IS permet de différer l'imposition personnelle tant que le résultat reste dans la société, tout en réduisant l'IS grâce à l'amortissement du bien.
- Investisseur avec un horizon de revente à moyen terme : comparez les abattements progressifs de l'IR (exonération totale après 22 ans) au taux forfaitaire fixe de 19 % de l'IS, en tenant compte de votre durée de détention prévisionnelle.
Un chiffrage personnalisé, intégrant votre pays de résidence, votre tranche marginale d'imposition locale et votre projet (revenu complémentaire ou capitalisation), permet d'objectiver le choix plutôt que de se fier à une règle générale.
Ce qu'il faut retenir
La convention fiscale, et non le choix IR/IS, détermine en premier lieu si la France conserve le droit d'imposer vos loyers, la réponse est presque toujours oui. La vraie différence entre IR et IS pour un non-résident se joue sur la retenue à la source des dividendes, le crédit d'impôt disponible dans le pays de résidence et le régime de la plus-value de cession.
Depuis 2026, la retenue à la source sur les dividendes d'une SCI à l'IS est prélevée par défaut au taux plein, avec remboursement a posteriori du trop-perçu conventionnel. Le choix optimal se construit au cas par cas, en croisant la fiscalité française et la fiscalité de votre pays de résidence.
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