L’immobilier parisien impacté par les « exilés du Brexit »

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Des ex-Londoniens fortunés, français et étrangers, se replient sur Paris et jettent leur dévolu sur l’immobilier de luxe.

Le référendum du 23 juin 2016, lors duquel 52 % des Britanniques se sont prononcés pour la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni, n’en finit plus de faire des vagues. Les négociations officielles qui ont démarrées un an plus tard, le 19 juin 2017, entre l’Union européenne et le Royaume-Uni ont abouties à un accord du Conseil européen ce 25 novembre 2018. Celui-ci définit les termes d’un « retrait ordonné » et « le cadre des relations futures entre l’Union européenne et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord ». La date butoir des négociations ayant été fixée au 29 mars 2019, cet accord doit entrer en vigueur dès le lendemain, le 30 mars. Si toutefois le parlement britannique a ratifié ce traité d’ici là… Rien n’est moins sûr à l’heure où la possibilité de l’annulation pure et simple du Brexit refait surface.

Mais pour symbolique qu’il soit, ce traité ne fait qu’esquisser la « relation future » entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, laquelle doit encore faire l’objet d’âpres négociations à l’issue bien incertaine. Bien que les Vingt-Sept assurent vouloir une relation future « la plus proche possible » avec Londres, l’incertitude qui a prévalu ces derniers mois et l’instabilité politique à laquelle l’île n’est pas habituée ont alourdi le climat des affaires à Londres…et décidé à partir nombre d’étrangers. Le journal Le Monde apporte une illustration de ce phénomène en décrivant l’« effet paralysant » qu’a eu le Brexit sur les start-up de la finance, qui font de la capitale britannique la première place financière mondiale.

Des expatriés qui reviennent en France…

Selon les données 2018 de l’Office for National Statistics, les Français sont enregistrés au Royaume-Uni au nombre de 180 000, la majorité d’entre eux à Londres. Le « Brexit » va-t-il causer un « Brexodus » parmi eux ? C’est ce qu’a cherché à savoir l’institut de sondage Opinion Way en interrogeant un échantillon de 2 386 Français vivant au Royaume-Uni. Résultat : 62% d’entre eux n’envisagent pas de quitter le Royaume-Uni, 13% souhaitent partir et un quart n’a pas encore tranché la question (25%). Là encore, l’incertitude est donc de mise.

…et font grimper les prix de l’immobilier

A la fin du mois d’octobre, le réseau d’agences immobilières de luxe Barnes est venu étayer avec des chiffres ce que le monde de l’immobilier pressentait : la sortie imminente de l’Union européenne de la Grande-Bretagne est en train d’impacter lourdement l’immobilier parisien. Dans une étude publiée le 26 octobre, Barnes se montre catégorique : avec le Brexit, « les acheteurs étrangers et les expatriés français qui reviennent à Paris sont de plus en plus nombreux ». L’étude explique que la cote de la capitale française a été dopée par deux facteurs : le référendum sur le Brexit en juin 2016 et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République en mai 2017.

Le spécialiste de l’immobilier résidentiel haut-de-gamme a enregistré une hausse de 25 % de ses transactions depuis le début de l’année, dont une partie importante sont le fait « d’exilés du Brexit ». Au cours des six derniers mois, 5 % à 10 % de ses ventes réalisées dans les 3ème, 4ème, 6ème, 7ème, 9ème et 18ème arrondissements de la capitale ont été le fait de Français ou d’Européens arrivant de Londres. Leur part grimpe de 8 à 12% dans les quartiers plus familiaux du 8ème, 16ème, 17ème, et Neuilly.

De nouveaux enjeux pour l’immobilier à Paris

C’est surtout l’immobilier haut de gamme qui est impacté, ces ex-Londoniens qui jouissent souvent d’un pouvoir d’achat considérable investissant dans des biens dont le prix au mètre carré peut atteindre ou dépasser les 20 000 euros. Mais ce mouvement pourrait avoir des conséquences au-delà : « Si certains propriétaires sont évidemment ravis de vendre leur logement 25.000 euros du mètre carré, il y a tout de même de quoi s’inquiéter. Cela m’évoque Londres qui était devenue à 60 % une ville habitée par des non-Britanniques, toute la classe moyenne ayant été refoulée en 1ère, 2ème et 3ème périphérie. À Paris aussi, le grand perdant est la classe moyenne qui ne peut plus se loger dans sa propre ville », écrit ainsi Thibault Saint-Vincent, président de Barnes.

La hausse des prix va-t-elle se poursuivre, chassant encore un peu plus les Parisiens de la classe moyenne, questionne Thibault Saint-Vincent ? Il tempère toutefois les craintes, estimant que même dans la situation très hypothétique où Paris s’imposait comme une place financière de premier plan aux dépens de Londres, l’immobilier parisien présente des limites structurelles à l’accueil de nouvelles populations fortunées, notamment le manque de résidence de luxe avec services, prisées par les étrangers.